Création et introduction de l'Euro
Suite à plusieurs crises monétaires, Raymond Barre, Commissaire européen, recommande en 1969 des avancées en matière d’intégration économique et pose la question de l’unité monétaire. Le rapport du comité présidé par le luxembourgeois Pierre Werner, publié le 8 octobre 1970, confirme cette approche et recommande d’aller vers des parités fixes, et, à terme, une monnaie unique. La crise du dollar, qui aboutit à la suspension par Richard Nixon de la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971 conduit à créer un système monétaire original dans lequel la marge de fluctuation des devises est limitée à ± 2,25 % : le 24 avril 1972, le "Serpent" est né. Celui-ci s’organise autour d’une devise artificielle, l’European Currency Unit, qu’une trouvaille de Valéry Giscard d'Estaing va baptiser ECU ; il s’agit d’un panier des monnaies des États membres pondéré en fonction, en particulier, de leur PIB. La marge de fluctuation des monnaies autour des cours bilatéraux avec l’ECU est toujours de 2,25%.
L’adoption du Traité le 7 février 1992 par les États est un événement majeur.
Le sommet de Bruxelles établit la liste des États qualifiés le 2 mai 1998. Le Danemark demeurant dans le SME fera jouer sa clause d’exception, mais la couronne est liée à l’Euro à tel point que les Danois ont cette devise... sans le savoir (le Danemark est toujours dans le système de convergence (MCE ou ERM, voir ci-après)). Trois ans sont laissés aux partenaires économiques pour s’adapter au basculement. L’introduction de l’Euro dans les douze pays (plus les trois micro-états non membres de l’UE, Monaco, San Marino et Vatican) se fait le 1er janvier 2002. Libre choix aux États (dans certaines limites) de la double circulation, qui se révèlera trop longue, alors que le choix de l'Allemagne (introduction Euro et retrait du DM simultanés - voir plus loin) sera une complète réussite. Point sur l'élargissement
À l’exception des deux derniers, les Traités d’adhésion sont signés en avril 2003. Le 1er mai 2004, ces dix nouveaux membres rejoignent l’Union. Cette admission est unique en termes de nombre de pays - et le restera sans doute.Cependant, l’augmentation relative de population est limitée : passant de 385 à 459 millions, elle n’est que de 19 %, ce qui suffit pourtant à confirmer sa place de troisième ensemble au monde, après la Chine et l’Inde. Sur ces 74 millions de nouveaux venus, plus de la moitié (38,1 millions, une population proche de celle de l’Espagne) sont Polonais. Deux pays, la République Tchèque et la Hongrie, avec un peu plus de dix millions chacun, rejoignent l’important groupe de taille équivalente : Belgique, Grèce, Suède et Portugal. La Slovaquie, avec ses 5,3 millions d’habitants, se compare à la Finlande et au Danemark. Les six autres pays se partagent donc les dix millions restants. Malte devient, avec ses 0,4 million d’habitants (un peu moins que le Luxembourg), le plus petit État Membre, en population comme en superficie, tout en étant le troisième pays au monde pour la densité de population (après Singapour et... Monaco). C’est sur le plan du fonctionnement des institutions que le défi est redoutable ; pour préparer l’échéance, l’Union a conclu très laborieusement en décembre 2000 le Traité de Nice, souvent qualifié de "plus mauvais traité européen", mais tente néanmoins de proposer des règles de vie à 25. La Commission va tenter d’améliorer ce Traité en instituant une Convention qui a pour mission de préparer un traité constitutionnel. Cette Convention, présidée par Valéry Giscard d’Estaing, va fonctionner de décembre 2001 à juillet 2003, pour aboutir, non sans mal, à un texte, qui sera lui-même adopté par une Conférence Intergouvernementale (CIG) qui associe les pays candidats. Le processus de ratification s’arrêtera avec le "non" français et hollandais en 2005, obligeant à en rester au Traité de Nice.Un nouveau compromis s'est dessiné en juin 2007 au sommet de Berlin : un "mini-traité" qui permettait à terme d’en venir aux règles de décisions contenues dans le projet de Constitution. Ce projet donnait des règles de double majorité, très contestées par la Pologne (qui à Nice, comme l’Espagne, avait droit à un nombre de députés quasiment égal à celui des "grands" pays). C’est une CIG (Conférence inter-Gouvernementale), qui aboutit à un accord espéré à Lisbonne en décembre 2007. À noter que les oppositions britanniques ont aussi amené à renoncer aux références aux symboles (drapeau, hymne, et... monnaie), et de nombreuses exemptions (charte des Droits Fondamentaux) pour ce pays. Le Traité de Lisbonne, agréé laborieusement par tous les Etats (27...), a été soumis à ratification. Un seul pays devait, par sa Constitution, le soumettre à referendum, l'Irlande. Après une campagne passionnée, les électeurs ont voté "non" au Traité. Parmi les raisons invoquées par les électeurs : - la peur de voir mis en cause les domaines suivants : - le domaine fiscal, qui a transformé la "pauvre Irlande" en "tigre celtique" - le domaine des mœurs (interdiction de l'avortement) - la perte d'un Commissaire européen. Ce "non" a causé un traumatisme, qui nous ramène au "non" danois sur Maastricht, et encore plus aux "non" français et hollandais sur le projet initial de Constitution. La Présidence française du Conseil européen (second semestre 2008), semble avoir abouti à un possible concensus : les points évoqués ci-dessus étant garantis par les États membres, un second referendum devrait avoir lieu au printemps 2009. À ce jour, 25 des 27 états ont officiellement ratifié le Traité de Lisbonne. En dehors de l'Irlande, la République tchèque retarde son accord. L'europhobe Président Klaus, opposé à la classe politique de son pays, ne veut pas entériner le Traité. La Présidence tchèque du Conseil Européen (premier semestre 2009) risque d'être tourmentée, car la Constitution tchèque n'est pas absolument claire concernant les responsabilités respectives du Président et du Premier Ministre, qui est certes un eurosceptique, mais très constructif...
Recalées en 2003, Bulgarie et Roumanie ont rejoint l’Union au 1er janvier 2007, même si de l’avis général elles n'étaient pas prêtes : ce fut donc "sous haute surveillance". Cet élargissement n’est pas mineur : avec des populations respectives de 8 et 23 millions, ces pays ne sont pas petits ; ils sont tous deux de tradition orthodoxe, renforçant ainsi le camp de la Grèce, seule jusqu’ici avec Chypre ; enfin, la Bulgarie apporte à l’Union... un troisième alphabet, cyrillique. Les négociations d’adhésion se sont ouvertes fin 2005 avec la Turquie, ainsi que la Croatie (l’Autriche l’ayant exigé pour lever son veto). Outre les hostilités relatives au premier, on relève un changement de langage concernant la stratégie d’élargissement, avec la notion de "capacité d’absorption". Car beaucoup d’autres frappent à la porte : - dans les Balkans, les pays de l’ex-Yougoslavie - Macédoine, Monténégro nouvellement indépendant, Bosnie et sans doute ensuite la Serbie et un Kosovo indépendant - et l’Albanie N’oublions pas non plus les pays "naturellement" européens : Islande, Norvège, Suisse (et Liechtenstein….), qui sont déjà étroitement liés à l’UE (la Norvège applique quasiment toutes les Directives).
Les dix (ou maintenant douze) pays se sont engagés à adopter la monnaie unique. D’ailleurs, on n’imagine pas aujourd’hui de nouvelle adhésion sans adoption obligatoire de l’Euro. Tous d’ailleurs l’affirment clairement - sauf la Pologne. Ils se trouvent donc en langage communautaire en "régime dérogatoire", comme la Suède, mais dans ce cas destiné à être provisoire. - le dernier-né des pays européens, le Monténégro (référendum en mai 2006, suivi de l’admission à l’ONU)
L’UE a tiré des enseignements de la première introduction au moins sur les points suivants :
o Que six pays (les Baltes sortis du rouble, la Slovénie du tolar, Slovaquie et République Tchèque libéralisant leur économie) ont déjà l’expérience d’un tel changement (la Lettonie et la Lituanie ont même changé de monnaie trois fois en un an !)
En effet, un pays candidat doit satisfaire à cinq critères :
On notera que les deux premiers critères ne sont pas appréciés dans l'absolu, mais plutôt en tendance ; ainsi, la dette publique de Chypre est de 72 %, supérieure donc à l'objectif de 60 % du PIB, mais les rapports de convergence de la BCE montrent que ce pays diminue régulièrement sa dette et devrait atteindre l'objectif. Ce ne sera donc pas un obstacle à la qualification de ce pays. Cependant, les autres critères doivent être respectés strictement, comme le montre (jusqu'à l'absurde) le rejet de l'introduction lituanienne pour 0,1 point d'inflation. En cas de succès, l’Euro peut être introduit dans les six mois. On conçoit aisément le chemin parcouru par les ex-républiques soviétiques ou pays du Pacte de Varsovie pour parvenir à de tels résultats. Les efforts ont été immenses, à tel point que les adhésions à MCE (ERM) II ont été rapides : - Slovénie, Lituanie et Estonie le 28 juin 2004
L’élargissement impose le choix d’une nouvelle face commune pour la carte de l’Europe. Ce choix a été entériné par une législation européenne (19 septembre 2006). Il ne concerne pas les petites pièces (face commune représentant l’Europe dans le monde). On remarquera que la Scandinavie retrouve la Norvège, mettant fin aux protestations de la Suède, raillée par les internautes pour le dessin initial quelque peu "suggestif" de l’ensemble Suède-Finlande… Quelques autres modifications graphiques sont incluses.
En ce qui concerne les billets, le système actuel de lettre pays ne va pas tarder à saturer... En effet, onze lettres sont actuellement utilisées ; la Slovénie, Chypre et Malte ont introduit l'Euro avec des billets d'autres pays. Cependant, la BCE, constatant que la saturation n'est pas pour demain, a finalement attribué les lettres H pour la Slovénie, G pour Chypre, F pour Malte. Les premiers billets slovènes (lettre H) sont en circulation. Dans le même temps, la BCE a retiré la lettre R du Luxembourg, jamais utilisée. Parions que la Slovaquie recevra la lettre E ! Le "O" et le "Q" étant interdits pour ne pas pouvoir être confondus avec le "0", il ne reste plus beaucoup de lettres utilisables et tous les nouveaux pays n'auront donc pas de place ! À terme, le code international à deux chiffres devrait donc être utilisé.
- la Slovénie a été qualifiée avec succès, et a introduit l’Euro au 1er janvier 2007 Ces deux pays peuvent encore tabler sur le 1er janvier 2010
Nul ne se risquerait à un pronostic pour les autres pays mentionnés précédemment. Bibliographie
Liens
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Dernière mise à jour le 30/08/2010 par Clément Caudron